Don humanitaire : 5.000 tonnes de riz destinées au Niger détournées au Port de Cotonou

Par kibaru

5.000 tonnes de riz, du don humanitaire de la République Islamique du Pakistan pour venir en aide aux populations nigériennes en proie à l’insécurité alimentaire, sont détournées au Port de Cotonou en 2016. C’est ce qui ressort d’une enquête minutieuse menée par des journalistes nigériens et béninois les six derniers mois. De quoi s’agit-il ?

Les faits

Le 14 février 2016, 15.000 tonnes de super riz basmati, sous emballage de 50 kg, don du peuple de la République islamique du Pakistan au peuple de la République du Niger, sont arrivées au Port de Cotonou par le navire M.V. Moleson. La cargaison est déchargée et stockée dans deux magasins loués au Port de Cotonou. Sur les 15.000 tonnes de riz, des individus, en complicité avec les autorités nigériennes, ont détourné 5.000 tonnes qu’ils ont vendues à une société basée au Cotonou pour un montant total de 1.150.000.000 fcfa à raison de 230.000 fcfa la tonne.
Ces individus ont fait appel à une société dénommée MZK traders dont le directeur général est un certain Khalid Mahmoud Khan. Probablement un Pakistanais. C’est ce dernier qui a agi pour le compte du gouvernement du Niger à qui il est affublé la boîte postale 13003, qui appartient, en réalité, à un certain Soumana Souna Soufiane, domicilié à Talladjé Est (Niger). C’est du moins l’adresse qu’il a donnée à l’ouverture de la boîte postale.
Conclu le 4 mai 2016, l’accord de vente prend fin le 5 mai du même mois. C’est ce que dit l’article 6 dudit accord. À l’article 2 de l’accord signé entre, d’une part, l’acheteur, la société basée à Cotonou et le vendeur, Khalid Mahmoud Khan agissant pour le compte de l’État du Niger, il est bien spécifié que les 5.000 tonnes de riz que l’acheteur s’engage à acheter sont prélevées dans le don pakistanais.

Les dessous de la vente frauduleuse et la répartition des produits de la vente

Tout s’est passé entre le 4 et le 5 mai 2016. Les 5.000 tonnes de riz ont été vendues, l’acheteur a payé par virement bancaire et a produit les preuves de son paiement et les intermédiaires ont empoché leurs commissions. L’article 5 de l’accord de vente mentionne d’ailleurs que l’acheteur paiera la totalité du montant au moment de la signature qui intervient en même temps que la réception par celui-ci, des documents originaux de la marchandise.
Ainsi, 737.500.000 fcfa ont été payés par virement bancaire dans le compte n°020695010111 de la Banque Sahélo-Saharienne pour l’Investissement et le Commerce (Bsic) de Cotonou appartenant à un certain Sita Mahamadoul Kaïrou. Khalid Mahmoud Khan, l’intermédiaire qui a vendu les 5.000 tonnes de riz agissant pour le compte de l’Etat du Niger, se voit arrosé d’un chèque de 150 millions. Il reste toujours 637.500.000 fcfa qui n’apparaissent nulle part sur les documents recueillis au cours de l’enquête.
Une fiche présentant les montants soustraits du milliard de francs cfa, après le désintéressement de Khalid Mahmoud Khan, fait état de 24.500.000 fcfa et de 38.000.000 fcfa. Le total fait, il reste toujours 200 millions de francs cfa qui se sont évaporés dans la nature.

Les principaux commanditaires identifiés

Aujourd’hui, si les véritables auteurs, commanditaires et complices de ce détournement du don à l’endroit des populations nigériennes ne sont pas tous connus, il est toutefois facile de les identifier rapidement. Le Directeur Général de l’Office des produits vivriers du Niger (OPVN), au nom duquel les 15.000 tonnes de riz ont été acheminées au Port de Cotonou et Sita Mouhamadoul Kaïrou dont le compte bancaire a servi dans la transaction de 737.500.000 fcfa issus de la vente du riz détourné.

A propos de la situation humanitaire au Niger

Chaque année, les Organisations humanitaires estiment à plusieurs millions, les nigériens victimes d’une insécurité alimentaire. Une situation exacerbée, depuis le début des exactions de la secte Boko Haram, par l’arrivée massive de plus de 50.000 réfugiés et retournés du Nigeria. Sans parler de ceux du Mali, dans le nord de Tillabéry.
La situation est tellement critique qu’une mission du Conseil de sécurité des Nations Unies, conduite par le Représentant du Royaume Uni aux Nations Unies, a effectué une visite de 48 heures au Niger. Cette mission a, notamment, relevé que plus de 340.000 personnes vivant dans la région de Diffa, soit près d’une personne sur deux, ont besoin d’assistance humanitaire.
Cette année, note-t-on, 140 millions de dollars US, soit 50% des fonds recherchés pour l’ensemble du pays, sont requis pour répondre aux besoins humanitaires les plus pressants de plus de 326.000 personnes ciblées dans la même région.
Il est urgent, relève-t-on dans un communiqué rendu public par Ocha (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs) Niger, d’agir ici et maintenant pour, non seulement, soutenir les opérations humanitaires, mais aussi et surtout bâtir la résilience des populations…afin de restaurer l’espoir et construire un avenir meilleur pour Diffa, le Niger et le bassin du lac Tchad.

source : beninwebtv