Le Comité scientifique de la doctrine panafricaine éponyme de l’Assimisme a officiellement lancé ses activités le samedi 25 juillet 2026 à Boulkassoumbougou, à Bamako. La rencontre a réuni des membres du Conseil national de Transition, des chercheurs, des autorités locales, des représentants des Forces de défense et de sécurité, des responsables religieux et coutumiers ainsi que des acteurs de la société civile.
La mobilisation était au rendez-vous, samedi matin, au Quartier général de l’Assimisme, situé à Boulkassoumbougou, en face de l’Institut national de prévoyance sociale. Plusieurs membres du Conseil national de Transition, des représentants de ministères, des élus locaux, des universitaires, des chefs de quartier et des responsables d’organisations de jeunes et de femmes ont pris part à la cérémonie.
Les représentants des familles fondatrices de Bamako, du Haut Conseil islamique, des Églises catholique et protestante, des légitimités traditionnelles ainsi que des professionnels des médias étaient également présents.
Les prestations artistiques ont donné une dimension populaire et patriotique à la rencontre. Les artistes ont salué les autorités de la Transition et rendu hommage aux Forces de défense et de sécurité pour les sacrifices consentis dans la protection du territoire et des populations. Leurs interventions ont été fortement applaudies par l’assistance.
Une doctrine à structurer par la recherche
Le principal discours de lancement a été prononcé par Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune, président du Groupe des architectes idéologiques et doctrinaires de la doctrine panafricaine éponyme de l’Assimisme.
Il a présenté le Comité scientifique comme un espace de réflexion, de recherche, de dialogue et de production intellectuelle consacré aux défis de la souveraineté, du développement, de la gouvernance et de la refondation nationale.
Selon lui, les réformes institutionnelles ne peuvent, à elles seules, garantir la transformation durable d’un pays. Elles doivent être soutenues par une vision, une éthique de gouvernance et un projet collectif capable de mobiliser les citoyens autour d’objectifs communs.
« Aucune doctrine durable ne se construit sans une réflexion profonde », a-t-il souligné, estimant que les grandes transformations politiques et sociales ont toujours été précédées par un travail intellectuel, philosophique et scientifique.
Le Comité entend réunir des philosophes, des juristes, des historiens, des économistes, des sociologues, des anthropologues, des spécialistes des sciences politiques et d’autres compétences susceptibles d’enrichir la réflexion.
Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune a insisté sur la complémentarité entre les disciplines. La philosophie doit éclairer les valeurs qui fondent une communauté politique, l’histoire rappeler les leçons du passé, la sociologie aider à comprendre les réalités humaines et l’économie proposer des instruments adaptés au développement.
Les missions annoncées comprennent la conduite de recherches interdisciplinaires, l’organisation de colloques, de conférences, de séminaires et d’ateliers ainsi que la publication d’ouvrages, de rapports, de revues et de travaux scientifiques. Le Comité souhaite également favoriser les échanges entre les universitaires, les institutions publiques et la société civile, tout en contribuant à la formation civique et intellectuelle des jeunes.
Les promoteurs présentent l’Assimisme comme une doctrine éponyme, c’est-à-dire une pensée portant le nom de la personnalité politique dont elle entend organiser et prolonger la vision. Ils la rapprochent, dans sa forme, de courants comme le marxisme, le léninisme, le gandhisme ou le kémalisme.
Cette comparaison ne signifie pas que ces doctrines possèdent le même contenu. Elle sert à expliquer la volonté de rattacher l’Assimisme à une vision incarnée, susceptible de favoriser la mobilisation, la cohésion et la transmission d’un projet politique.
Dans la conception exposée lors du lancement, l’Assimisme veut proposer un cadre de pensée fondé sur la souveraineté nationale, la dignité, le patriotisme, la justice sociale, le développement et la défense des intérêts du Mali.
Ses promoteurs établissent également un lien entre leur réflexion, les conclusions des Assises nationales de la Refondation et l’article 34 de la Constitution du 22 juillet 2023. Celui-ci dispose que l’action publique est guidée par le respect de la souveraineté de l’État, les choix souverains du peuple et la défense de ses intérêts.
Le terme « Assimisme » ne figure pas dans la Constitution. Les responsables du Comité considèrent néanmoins que les principes consacrés par cet article peuvent servir de socle doctrinal à leur démarche.
Le discours de lancement a aussi accordé une place importante à l’héritage intellectuel et politique africain. Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune a évoqué plusieurs figures historiques maliennes et africaines, parmi lesquelles Soundiata Keïta, Askia Mohamed, Modibo Keïta, Samory Touré, Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Ahmed Sékou Touré, Cheikh Anta Diop, Amílcar Cabral, Patrice Lumumba, Julius Nyerere et Nelson Mandela.
Des penseurs issus de la diaspora africaine, dont Marcus Garvey, W. E. B. Du Bois, George Padmore, Aimé Césaire et Frantz Fanon, ont également été cités. Pour les promoteurs, ces références montrent que le panafricanisme s’est construit aussi bien sur le continent qu’au sein de la diaspora.
Ils estiment que cet héritage doit être étudié, préservé et adapté aux réalités actuelles du Mali, de l’espace sahélien et du continent africain. Le travail scientifique devra toutefois tenir compte de la diversité des parcours et des pensées de ces personnalités, qui n’ont pas toujours défendu les mêmes conceptions de l’État, de l’économie, de la démocratie ou de l’unité africaine.
Amadou Aya, président du Comité scientifique, a présenté l’initiative comme une œuvre à la fois scientifique, citoyenne et nationale. Il a appelé les chercheurs, les universitaires, les intellectuels, les étudiants, les experts et les citoyens à contribuer à l’émergence d’idées fortes au service d’un Mali plus souverain, plus juste et tourné vers l’avenir.
Il a également insisté sur la nécessité de construire une pensée dans laquelle chaque citoyen pourrait se reconnaître. Le Comité, a-t-il indiqué, ne veut pas figer une doctrine, mais favoriser une réflexion permanente, ouverte à la critique argumentée et à l’évolution des connaissances.
Le député de la diaspora Hamidou Traoré a, pour sa part, salué le lancement des activités du Comité scientifique. Il a qualifié Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune de bâtisseur et de patriote, tout en rappelant la contribution des Maliens établis à l’extérieur à la vie publique nationale.
Il a notamment relevé que plusieurs représentants de la diaspora avaient accédé à des postes de responsabilité au sein du Parlement de la Transition. Son intervention a mis l’accent sur la nécessité de rassembler les compétences de l’intérieur et de l’extérieur autour des grands enjeux de la refondation.
Le Comité attendu sur ses premières productions
La cérémonie du 25 juillet a permis au Comité scientifique de présenter publiquement ses ambitions et de réunir plusieurs composantes de la société malienne autour de son projet.
Le véritable travail commence désormais. Le Comité devra rendre publics son programme de recherche, sa composition, son calendrier, ses méthodes et ses premières publications. Sa crédibilité dépendra de la qualité des travaux produits, de la diversité des compétences mobilisées et de sa capacité à accueillir des opinions différentes.
Le caractère scientifique de la démarche devra se traduire par des concepts clairement définis, des sources vérifiables, une méthode rigoureuse et des productions accessibles au public.
Les responsables de l’Assimisme souhaitent faire de cette doctrine une école de pensée capable d’inspirer les politiques publiques et de contribuer à la souveraineté, à la paix, à la justice et au développement.
Cette ambition sera appréciée à travers les résultats concrets du Comité, sa capacité à nourrir le débat public et la place qu’il accordera à la confrontation des idées. Comme l’a résumé Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune dans son discours : « Que la science éclaire notre action. »



