Le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a présenté à Bamako les principales orientations de la politique extérieure du pays. Devant le corps diplomatique et les représentants des organisations internationales, il a défendu une diplomatie recentrée sur la souveraineté nationale, la diversification des partenariats et l’affirmation du Mali sur la scène régionale et internationale.
La rencontre, organisée dans la capitale malienne, a permis au chef de la diplomatie de dresser le bilan des transformations engagées sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta. Selon Abdoulaye Diop, la nouvelle politique étrangère repose sur une rupture avec les rapports de dépendance et sur la recherche de relations fondées sur l’égalité, le respect mutuel et la réciprocité.
Le ministre a insisté sur la défense des choix souverains du Mali et sur la nécessité de placer les intérêts nationaux au centre de toute coopération extérieure. Cette orientation doit également accompagner les réformes économiques, sociales et institutionnelles inscrites dans la « Vision Mali Kura 2063 », présentée par les autorités comme le cadre stratégique de développement à long terme du pays.
La diplomatie mobilisée sur le terrain sécuritaire
La sécurité constitue l’un des principaux axes de cette doctrine diplomatique. Abdoulaye Diop a expliqué que l’action extérieure du Mali avait notamment servi à diversifier les partenariats militaires et à renforcer l’équipement des Forces de défense et de sécurité.
Il a également rappelé les mobilisations populaires du 14 janvier 2022, organisées après l’adoption de sanctions économiques et financières contre le Mali par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Pour les autorités maliennes, cet épisode a renforcé la volonté de réduire les dépendances extérieures et de privilégier le principe du « compter sur soi ».
Le ministre a replacé dans cette dynamique la décision du Mali, du Burkina Faso et du Niger de quitter la CEDEAO et de renforcer leur coopération au sein de la Confédération des États du Sahel. Créée le 6 juillet 2024, l’AES est présentée par ses membres comme un cadre commun de défense, de coordination diplomatique et d’intégration économique.
La culture érigée en instrument d’influence
La nouvelle diplomatie malienne entend également s’appuyer sur la culture et le patrimoine historique du pays. Le gouvernement souhaite utiliser ce « pouvoir d’influence » pour renforcer l’image du Mali à l’étranger, développer les échanges culturels et répondre aux représentations qu’il juge réductrices ou stéréotypées.
Abdoulaye Diop a cité plusieurs avancées obtenues dans les enceintes internationales, notamment l’élection du Mali au Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Il a aussi évoqué la reconnaissance internationale de la langue soninké, désormais associée à une journée mondiale destinée à promouvoir sa préservation et sa transmission.
Cette stratégie culturelle s’accompagne d’une communication institutionnelle plus active. Les autorités affirment vouloir mieux faire connaître leurs positions et lutter contre la désinformation ainsi que contre les campagnes d’influence visant le pays.
Des partenariats internationaux diversifiés
Sur le plan bilatéral, le ministre a mis en avant le renforcement des relations avec la Russie et la Chine, désormais qualifiées de partenariats stratégiques. Bamako développe également ses échanges avec la Türkiye, l’Iran, le Rwanda et d’autres partenaires dans les domaines de la défense, des infrastructures, de l’énergie, de la formation et du commerce.
Cette diversification intervient dans un contexte de redéfinition des relations du Mali avec plusieurs partenaires historiques. Elle s’est notamment traduite par la fin de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali, dont le retrait s’est achevé à la demande des autorités maliennes.
Abdoulaye Diop a toutefois réaffirmé la volonté du Mali de poursuivre sa coopération avec les Nations unies, sur des bases jugées plus respectueuses de la souveraineté nationale et mieux adaptées aux priorités définies par Bamako.
À travers cette communication, le gouvernement malien entend présenter sa politique étrangère comme l’un des instruments de la reconstruction de l’État, de la sécurisation du territoire et du repositionnement du pays dans les équilibres régionaux. Cette orientation reste désormais confrontée à l’enjeu de sa traduction concrète en résultats sécuritaires, économiques et diplomatiques.



