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Kobada : les 35 % à convertir en retombées

Kobada : les 35 % à convertir en retombées

L’État et les investisseurs nationaux détiendront ensemble 35 % de Mines de Kobada. La construction du projet aurifère étant déjà engagée, la question porte désormais sur le financement des parts, la transparence de leur gestion et les bénéfices réellement accessibles au Mali.

Le partage du capital de Mines de Kobada prend une forme plus précise. Le Conseil des ministres a adopté, vendredi 28 août, un projet de décret fixant les modalités de participation de l’État dans la société créée pour exploiter le gisement aurifère situé dans le cercle de Kangaba, région de Koulikoro.

La répartition annoncée comprend une participation gratuite et non diluable de 10 %, une participation supplémentaire de 20 % payée en numéraire et une part de 5 % réservée aux investisseurs nationaux. Toubani Resources conservera ainsi 65 % du capital du projet.

Cette distinction est importante. L’État détiendra directement 30 %, tandis que les 5 % restants reviendront à des investisseurs maliens qui devront encore être identifiés. Le communiqué gouvernemental confie la gestion de la participation publique à la Société du patrimoine minier du Mali, la SOPAMIN.

Le décret ne crée pas le projet. Il complète un processus déjà avancé. Le transfert du permis d’exploitation à Mines de Kobada avait été approuvé par le Conseil des ministres le 28 janvier. Toubani Resources a ensuite annoncé une décision finale d’investissement en mars et le démarrage des travaux préparatoires sur le site.

Participation

Les 10 % gratuits ne nécessitent aucun apport initial de l’État et ne pourront pas être dilués lors d’une augmentation de capital. La participation supplémentaire de 20 % doit, en revanche, être acquise en numéraire. Ni le coût de cette opération, ni son mode de financement, ni l’échéancier de paiement n’ont été rendus publics dans le communiqué du 28 août.

Ces informations sont indispensables pour évaluer l’opération. Une participation payante peut permettre à l’État de recevoir une part plus importante des futurs dividendes, mais elle constitue aussi un investissement exposé aux risques du projet. Sa rentabilité dépendra du coût de construction, du niveau de production, du prix de l’or, des charges financières et de la maîtrise des dépenses d’exploitation.

La publication du prix d’acquisition des 20 %, de la méthode de valorisation retenue et de la source des fonds permettrait donc de mesurer l’effort réellement consenti par le budget public ou par la SOPAMIN. Elle éviterait également de confondre participation au capital et recettes immédiatement disponibles.

La sélection des investisseurs nationaux appelés à souscrire les 5 % mérite la même transparence. Les critères d’éligibilité, le prix des actions, les délais de souscription et les règles applicables à une éventuelle cession ultérieure devront être connus afin que cette réserve ne profite pas à un cercle restreint choisi sans procédure lisible.

Chantier

Selon les données publiées par Toubani Resources, Kobada possède une ressource minérale estimée à 2,2 millions d’onces d’or. Les réserves utilisées pour planifier l’exploitation atteignent environ 1,56 million d’onces. La société projette une production annuelle moyenne de 162 000 onces pendant une première durée d’exploitation de neuf ans.

Ces chiffres proviennent de l’étude de faisabilité de l’entreprise et restent des projections. Toubani évalue le capital initial nécessaire à environ 216 millions de dollars. Elle a annoncé, le 24 août, avoir reçu une première tranche de 25 millions de dollars dans le cadre d’un mécanisme de financement de 160 millions lié à la future production d’or.

La société affirme que la construction avance et vise une première production au troisième trimestre 2027. L’adoption du décret intervient donc alors que des engagements financiers et industriels importants ont déjà été pris. Le suivi public devra désormais porter sur les travaux, les emplois, les achats locaux et l’exécution du calendrier.

La présence de l’État au capital ne remplacera ni les impôts, ni les redevances minières, ni les obligations de contenu local. Les dividendes ne seront versés que si la société dégage des bénéfices distribuables. Les recettes fiscales et les commandes confiées aux entreprises maliennes peuvent, elles, produire des effets plus précoces à condition d’être correctement déclarées et contrôlées.

Territoire

Pour les populations de Kangaba, le véritable bilan ne se limitera pas au nombre d’actions détenues à Bamako. L’ouverture d’une mine à ciel ouvert transforme l’accès aux terres, à l’eau, aux routes et aux activités agricoles. Elle peut créer des emplois et des marchés, mais aussi provoquer des déplacements, une pression foncière et des risques environnementaux.

Toubani indique avoir obtenu un permis environnemental et engagé un plan de réinstallation. Ces annonces de l’entreprise devront pouvoir être rapprochées de documents accessibles aux collectivités et aux villages concernés. Les indemnisations, les mécanismes de plainte, la qualité de l’eau et la réhabilitation future du site doivent faire l’objet d’un suivi indépendant.

La SOPAMIN porte ici une responsabilité qui dépasse la conservation des titres. Elle devra représenter les intérêts patrimoniaux de l’État, examiner les comptes de Mines de Kobada et rendre compte de la valeur créée. La publication régulière des investissements, des paiements publics, des emplois et des contrats locaux donnerait un contenu concret aux 35 % annoncés.

Kobada entre dans une phase où les déclarations peuvent être comparées aux réalisations. Le décret du 28 août consolide la place du Mali dans le capital. Sa portée se mesurera désormais à la qualité de la gouvernance, à la protection des riverains et à la part de la richesse minière qui restera effectivement dans l’économie nationale.