Photographier un présumé voleur puis diffuser son image sur WhatsApp, Facebook ou TikTok peut exposer son auteur à des sanctions. Face à la multiplication de ces pratiques, l’Autorité de protection des données à caractère personnel appelle les internautes maliens à ne pas se substituer à la justice.
Dans un communiqué publié le 14 août 2026, l’APDP dit constater avec préoccupation la diffusion croissante d’images de personnes soupçonnées de vols, d’escroqueries ou d’autres actes répréhensibles. Elle vise les particuliers, mais également les administrateurs de groupes et de pages, les créateurs de contenus, les médias et les utilisateurs des réseaux sociaux.
L’Autorité rappelle que l’image permettant d’identifier directement ou indirectement une personne constitue une donnée personnelle. Sa publication reste donc soumise à la loi n°2013-015 du 21 mai 2013, modifiée, même lorsque le nom de l’intéressé n’accompagne pas la photo ou la vidéo.
Le texte réserve principalement aux juridictions, aux autorités publiques compétentes et aux auxiliaires de justice le traitement des données relatives aux infractions et aux condamnations. Une personne interpellée ou dénoncée sur Internet demeure un suspect tant que sa culpabilité n’a pas été légalement établie.
L’avertissement ne signifie toutefois pas que toute prise d’image d’un incident est automatiquement interdite. Une vidéo peut servir de preuve et être remise à la police ou à la justice. Le risque apparaît surtout lorsqu’elle est publiée sans précaution, accompagnée d’une identité, d’accusations ou de commentaires présentant le suspect comme déjà coupable.
Sanctions
L’APDP peut prononcer un avertissement, une mise en demeure ou une injonction de cesser un traitement illicite. Elle peut également saisir le procureur lorsqu’elle constate une manipulation frauduleuse de données personnelles.
La loi prévoit des amendes comprises entre cinq et vingt millions de francs CFA pour certaines infractions, notamment la communication de données à des tiers non autorisés lorsqu’elle porte atteinte aux droits fondamentaux, à la vie privée ou à l’honneur. Ces peines ne s’appliquent pas automatiquement à chaque publication : la responsabilité dépend du contenu diffusé, de sa finalité et des circonstances.
En plus du risque juridique, l’exposition publique peut provoquer insultes, menaces et stigmatisation durable. Une accusation erronée, même retirée par la suite, peut continuer à circuler par captures d’écran et partages successifs.
Pour l’APDP, le bon réflexe consiste donc à alerter les services compétents et à leur transmettre les éléments utiles, plutôt qu’à organiser une identification publique sur les réseaux sociaux. Signaler un fait peut contribuer à une enquête ; désigner soi-même un coupable peut porter atteinte à ses droits et engager la responsabilité de celui qui publie.



