Médias et RSS : informer pour construire la paix
À l’occasion de la Journée internationale de la paix, célébrée ce 21 septembre 2026 sous le thème « Investir dans la paix – Pour tous, partout, chaque jour », le Réseau Média pour la Réforme du Secteur de la Sécurité (Réseau Média RSS) souhaite rappeler la responsabilité particulière qui incombe aux professionnels de l’information dans la construction de la paix et dans l’accompagnement citoyen de la Réforme du secteur de la sécurité au Mali.
Le Mali traverse depuis plusieurs années une période marquée par d’importants défis sécuritaires. Dans le même temps, l’environnement de l’information a profondément changé. Une image, une rumeur, une revendication ou une affirmation diffusée sur les réseaux sociaux peut aujourd’hui toucher des milliers de personnes en quelques minutes, bien avant que son origine, son contexte ou son authenticité aient pu être établis.
Dans un tel environnement, l’information peut contribuer à la compréhension comme elle peut alimenter les incompréhensions. Une information vérifiée, contextualisée et expliquée permet au citoyen de mieux comprendre les institutions, les politiques publiques et les réalités qui concernent sa sécurité. Une information approximative, sortie de son contexte ou présentée comme certaine alors qu’elle ne l’est pas peut, au contraire, nourrir la rumeur, la peur et la méfiance.
Le Réseau Média RSS fait le choix d’une information qui construit.
Ce choix ne signifie ni dissimuler les difficultés ni transformer les journalistes en communicants des institutions. Il consiste à exercer pleinement notre métier : rechercher les faits, les vérifier, les contextualiser, expliquer les politiques et les mécanismes de sécurité, rendre compte des efforts lorsqu’ils existent, en mesurer les résultats et poser les questions nécessaires lorsque des difficultés apparaissent.
Une réforme qui se poursuit et qu’il faut mieux faire connaître
La Réforme du secteur de la sécurité demeure un chantier en cours au Mali. En novembre 2025, le Comité d’orientation pour la RSS a validé la Stratégie nationale révisée 2025-2029 et son plan d’actions, ainsi que le Cadre stratégique de la police de proximité. En juin 2026, une réunion nationale des points focaux ministériels a encore permis d’examiner l’exécution des activités du premier semestre et les contraintes rencontrées. Les objectifs rappelés à cette occasion portent notamment sur l’amélioration de la gouvernance des institutions de sécurité, le renforcement de leurs capacités et la consolidation de la confiance entre ces institutions et les populations.
Sur le terrain, des initiatives ont également concerné les Comités consultatifs de sécurité. Un comité communal a notamment été installé à Sikasso en avril 2026, tandis que des sessions de redynamisation des CCS et de formation à la police de proximité ont été organisées à Bamako en juin. En juillet, le Commissariat à la RSS et le ministère de l’Administration territoriale ont encore échangé sur l’état d’avancement de la réforme, son ancrage territorial et son appropriation.
Ces activités existent. Mais sont-elles suffisamment connues du public ? Combien de citoyens savent réellement ce qu’est un Comité consultatif de sécurité, à quoi il sert ou comment la police de proximité est censée améliorer la relation entre populations et services de sécurité ?
C’est ici que les médias ont une responsabilité particulière.
Sortir du compte rendu pour entrer dans le journalisme de gouvernance
Couvrir la RSS ne devrait pas se limiter à annoncer l’ouverture d’un atelier, reprendre les discours officiels et publier la photographie de famille.
Une réforme se suit dans le temps.
Lorsqu’un Comité consultatif de sécurité est installé dans une commune, le journaliste peut revenir trois ou six mois plus tard et demander : s’est-il réellement réuni ? Quelles préoccupations des habitants ont été examinées ? Quelles recommandations ont été formulées ? Ont-elles reçu des réponses ? Les populations connaissent-elles seulement l’existence de ce mécanisme ?
Le véritable sujet devient alors : « Comité consultatif de sécurité : à quoi sert-il réellement dans votre commune ? »
De la même manière, plutôt que de s’arrêter au compte rendu d’un atelier sur la police de proximité, le journaliste peut partir du quotidien d’une commerçante, d’un conducteur, d’un jeune ou d’un chef de quartier et demander : « Police de proximité : qu’est-ce que cela change concrètement pour le citoyen ? »
D’autres traitements sont tout aussi accessibles : « Six mois après, où en est cette recommandation ? », « Que peut faire un citoyen qui estime avoir été mal traité par un service de sécurité ? », ou encore « Quelle place occupent les femmes et les jeunes dans les mécanismes locaux de concertation sur la sécurité ? »
Ce sont des sujets simples, mais ils permettent de rapprocher la gouvernance de la sécurité de la vie quotidienne.
Les journalistes en première ligne de l’information fiable
Dans le contexte actuel, les journalistes doivent être en première ligne, non pas des opérations sécuritaires, mais de la vérification et de la qualité de l’information.
Face à une information sensible, quelques questions doivent redevenir des réflexes : qui affirme ? Quelle est la source ? Que savons-nous réellement ? Existe-t-il une confirmation indépendante ? L’image présentée correspond-elle au lieu et à la période annoncés ? Sommes-nous devant un fait établi, une revendication, une estimation ou une information encore non confirmée ?
Une revendication doit être présentée comme telle. Une image produite à des fins de propagande peut constituer un élément d’information, mais elle doit être contextualisée. L’absence de communication officielle ne transforme pas davantage une rumeur en fait.
Faire ces distinctions avec rigueur est déjà une contribution importante à la paix.
Rendre visibles les efforts sans perdre notre indépendance
Le Réseau Média RSS estime également que l’indépendance journalistique n’interdit nullement de rendre compte des actions qui produisent des résultats.
Lorsqu’un mécanisme améliore réellement le dialogue entre une communauté et les services de sécurité, il mérite d’être documenté. Lorsqu’une initiative fonctionne, le public doit pouvoir le savoir. Lorsqu’elle rencontre des difficultés ou reste en deçà des objectifs annoncés, cela doit également pouvoir être expliqué.
Donner de la visibilité aux efforts engagés par les autorités, les collectivités, la société civile ou d’autres acteurs de la RSS ne signifie donc pas renoncer au recul journalistique. La question doit toujours rester celle des faits et des résultats.
Un Réseau ouvert à tous les territoires
Cette responsabilité ne concerne pas seulement les journalistes établis à Bamako.
Les membres du Réseau présents dans les régions sont souvent les mieux placés pour observer comment les politiques de sécurité sont réellement vécues par les populations. Leurs reportages, leurs enquêtes et leurs témoignages sont indispensables pour sortir la RSS des salles de conférence et la ramener sur le terrain.
Nos confrères établis à l’extérieur du Mali peuvent également enrichir cette réflexion en partageant d’autres expériences et pratiques professionnelles, tout en tenant compte des réalités nationales.
Le Réseau Média RSS reste enfin ouvert aux journalistes qui ne sont pas encore membres mais qui souhaitent mieux comprendre et mieux couvrir les questions de paix, de sécurité, de justice et de gouvernance.
Notre ambition est de faire progressivement du Réseau un espace où un journaliste puisse trouver une ressource, une explication, un contact ou un échange d’expérience lorsqu’il prépare un sujet lié à la RSS.
Nous n’avons pas nécessairement besoin de commencer par de grands projets. Un reportage de terrain bien réalisé, une émission documentée, une capsule expliquant simplement le fonctionnement d’un mécanisme, un article de suivi quelques mois après une annonce ou un échange professionnel entre confrères sont déjà des contributions concrètes.
Construire par l’information
En cette Journée internationale de la paix, le Réseau Média RSS réaffirme ainsi une conviction simple : pour un journaliste, investir dans la paix, c’est aussi investir dans la qualité de l’information.
Nous ne contribuerons pas à la paix en taisant les difficultés. Nous n’y contribuerons pas davantage en relayant sans recul toutes les informations qui circulent.
Nous pouvons en revanche apporter notre part en restant fidèles aux fondamentaux de notre métier : rechercher, vérifier, contextualiser, expliquer, suivre et donner la parole.
Faire connaître ce qui fonctionne. Revenir sur les engagements pris. Interroger ce qui fonctionne moins bien. Permettre aux citoyens de comprendre les mécanismes qui concernent leur sécurité. Donner davantage de place aux réalités des régions et aux préoccupations des populations.
Nous ne sommes ni des forces de sécurité ni des communicants institutionnels. Nous sommes journalistes. Et c’est précisément en faisant correctement notre métier que nous pouvons contribuer à une meilleure gouvernance de la sécurité et, à notre niveau, à la construction de la paix.
Bamako, le 21 septembre 2026
Le Bureau exécutif
Réseau Média pour la Réforme du Secteur de la Sécurité
Réseau Média RSS



