Journée mondiale des forêts : un patrimoine forestier fragilisé

Par kibaru

Chaque 21 mars, la Journée mondiale des forêts rappelle le rôle essentiel de ces espaces dans la vie des populations. Au Mali, cette date renvoie à un héritage ancien, mais aussi à une réalité marquée par des transformations profondes du couvert forestier.

La mise en place des forêts classées remonte à la période coloniale. La forêt de Fangala, créée en 1935 dans la région de Kayes, est la plus ancienne du pays. Depuis, ce réseau s’est élargi pour atteindre aujourd’hui 108 forêts classées couvrant environ 935 489 hectares. À cet ensemble s’ajoutent 25 aires protégées totalisant plus de 4,5 millions d’hectares, ainsi que quatre grandes zones humides représentant près de 4,2 millions d’hectares.

Ces espaces abritent une diversité biologique importante. Les inventaires récents recensent 339 espèces végétales réparties en 57 familles. La faune y est également présente avec plusieurs dizaines d’espèces de mammifères, d’oiseaux et de reptiles. Pour de nombreuses communautés, ces ressources restent indispensables au quotidien, notamment pour le bois énergie, l’alimentation, les usages médicinaux et l’élevage.

La politique forestière adoptée à la fin des années 2000 a introduit une gestion plus proche des territoires, avec une implication des collectivités et des communautés. Cette orientation visait à mieux préserver les ressources en s’appuyant sur les acteurs locaux. Dans la pratique, les résultats restent limités, avec une mise en œuvre encore faible des dispositifs d’aménagement.

Aujourd’hui, l’état des forêts appelle à la vigilance. Près de 79,44 % des forêts classées présentent des signes de dégradation, parfois avancée. Seules 20,56 % sont dans une situation relativement stable, tandis que moins de 3 % disposent de plans d’aménagement réellement appliqués. Les aires protégées connaissent une évolution similaire, avec plus de la moitié affectées par des transformations liées aux activités humaines. Les zones humides sont elles aussi concernées, avec environ 50 % en situation de dégradation.

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. L’extension des surfaces agricoles, le pâturage, les feux de brousse, l’exploitation du bois et l’orpaillage modifient progressivement ces milieux. Les aléas climatiques, notamment les variations de la pluviométrie, contribuent également à ces changements. Dans un pays de plus de 22 millions d’habitants, les besoins en terres et en ressources continuent d’augmenter, accentuant les tensions autour de ces espaces.

Sur le terrain, les services en charge des forêts font face à des contraintes importantes. Le manque de moyens, l’insuffisance du personnel et les difficultés d’accès à certaines zones limitent les actions de suivi. Dans un pays qui compte plus de 12 900 localités, la gestion des ressources naturelles reste un défi quotidien.

Au Mali, la Journée mondiale des forêts dépasse ainsi le cadre symbolique. Elle rappelle que ces espaces constituent un élément central de l’équilibre économique, social, environnemental et culturel du pays. Leur préservation dépend désormais d’une meilleure organisation de la gestion, mais aussi de l’implication des communautés qui en vivent et en dépendent.