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MPME : une charte pour lever les principaux blocages

MPME : une charte pour lever les principaux blocages

Le Mali s’est doté d’une Charte des micro, petites et moyennes entreprises destinée à améliorer leur accès au financement, à la commande publique, à la sous-traitance, à la formation et aux technologies. Signé le 29 juin 2026 entre l’État et les acteurs du secteur privé, le document devra désormais produire des mécanismes directement accessibles aux entrepreneurs. 

Réuni le vendredi 10 juillet sous la présidence du Général d’Armée Assimi Goïta, le Conseil des ministres a été informé de la signature de cette charte, présentée comme un cadre de coopération entre les pouvoirs publics et le secteur privé. Le gouvernement reconnaît ainsi que les MPME, qui forment la base du tissu économique national, restent freinées par des difficultés touchant aussi bien leur financement que leur accès aux marchés.

La cérémonie s’est tenue au siège du Conseil national du patronat du Mali, sous la présidence du ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo. Elle a réuni des représentants du patronat, des chambres consulaires, des organisations professionnelles, des opérateurs économiques et plusieurs membres du gouvernement. Le ministère de l’Industrie et du Commerce et le CNPM avaient conjointement porté l’organisation de la rencontre. 

Un cadre commun pour accompagner les entreprises

Fruit d’une concertation entre l’État et les organisations du secteur privé, la charte doit établir un cadre commun pour identifier, classer et accompagner les entreprises selon leur taille. Cette reconnaissance devrait faciliter l’orientation des entrepreneurs vers les dispositifs publics, les financements, la formation, les programmes d’assistance technique et les possibilités de sous-traitance. 

Les données les plus récentes de la Banque mondiale donnent la mesure des obstacles à surmonter. L’enquête menée auprès de 392 entreprises maliennes entre août 2024 et janvier 2025 place l’accès au financement au premier rang des difficultés, cité par 37,8 % des entreprises. La proportion atteint 39,6 % parmi les petites structures employant de cinq à dix-neuf salariés. 

Le recours au crédit bancaire reste particulièrement faible. Seulement 7,7 % des entreprises interrogées utilisent les banques pour financer leurs investissements. Ce taux tombe à 4,4 % parmi les petites entreprises. Dans cette catégorie, 92,5 % des dépenses d’investissement sont financées sur les ressources propres des promoteurs, tandis que les banques n’en couvrent qu’environ 1 %. 

Le financement, premier verrou à lever

Ces chiffres montrent qu’une grande partie des petites entreprises grandit au rythme de la trésorerie disponible. Faute de garanties suffisantes, d’états financiers fiables ou d’un historique bancaire, beaucoup éprouvent des difficultés à financer des équipements, augmenter leur production, exécuter une commande importante ou recruter du personnel. La charte sera principalement jugée sur sa capacité à rapprocher les MPME des banques, des institutions de microfinance, des fonds de garantie et des programmes publics d’appui.

L’électricité constitue un obstacle presque aussi important que le financement. Elle est citée comme la principale contrainte par 37,1 % des entreprises interrogées. Près de 87,1 % déclarent subir des coupures, avec une moyenne de 26,6 interruptions au cours d’un mois habituel. Parmi les entreprises de taille moyenne et les grandes structures, l’électricité devient même la première difficulté signalée. 

Pour les unités de transformation, les ateliers, les imprimeries, les boulangeries, les commerces alimentaires et les prestataires numériques, les délestages entraînent des arrêts de production et des dépenses supplémentaires en carburant, groupes électrogènes, batteries ou installations solaires. Une politique en faveur des MPME devra donc associer le crédit aux investissements énergétiques, afin de permettre aux entreprises de financer des solutions réduisant leurs coûts de fonctionnement.

Commande publique et sous-traitance, des marchés encore difficiles d’accès

La commande publique et la sous-traitance représentent un autre enjeu central. Les petites entreprises disposent rarement des mêmes moyens techniques, financiers et administratifs que les grandes sociétés pour soumissionner aux marchés de l’État, des collectivités ou des établissements publics. Les cautions, les références demandées, la constitution des dossiers et les délais de paiement peuvent limiter leur participation, même lorsqu’elles disposent des compétences nécessaires. 

La charte pourrait servir à mieux organiser leur accès aux marchés, notamment par des procédures adaptées, des formations sur les appels d’offres, une meilleure information sur les contrats disponibles et un accompagnement dans la préparation des dossiers. 

Dans le domaine de la sous-traitance, son efficacité dépendra aussi de la capacité à relier les petites entreprises locales aux grands projets miniers, agricoles, industriels, énergétiques et d’infrastructures.

La formalisation au cœur du dispositif

La formalisation demeure étroitement liée à ces différents avantages. Une entreprise déclarée peut ouvrir un compte professionnel, présenter des documents comptables, accéder plus facilement aux financements et participer à la commande publique. Elle doit en contrepartie respecter des obligations fiscales, sociales et administratives. Pour convaincre les entrepreneurs informels de franchir ce pas, les bénéfices économiques de la formalisation devront être visibles et supérieurs aux coûts supportés. 

L’enquête de la Banque mondiale montre par ailleurs que 56,8 % des entreprises formelles interrogées déclarent affronter la concurrence de structures non enregistrées. Cette situation entretient un déséquilibre entre les opérateurs qui assument les charges réglementaires et ceux qui exercent en dehors du cadre administratif. 

La portée concrète de la charte reposera désormais sur son dispositif d’application.

Les entrepreneurs auront besoin de connaître les critères retenus pour définir une micro, une petite ou une moyenne entreprise, les conditions d’adhésion, les avantages accessibles, les institutions compétentes et les voies de recours. La publication du texte intégral permettra également d’identifier les engagements pris par l’État, le patronat, les chambres consulaires, les banques et les entreprises elles-mêmes.

Des résultats attendus sur le financement, les marchés et l’emploi

Des objectifs chiffrés renforceront la crédibilité de l’accord. Ils pourraient porter sur le nombre d’entreprises accompagnées, la valeur des crédits mobilisés, la part des marchés publics attribuée aux MPME, le volume de contrats de sous-traitance ou le nombre de promoteurs formalisés et formés. 

En plaçant le financement, les marchés, la formation et la technologie dans un même cadre, la Charte des MPME répond aux difficultés les plus fréquemment rencontrées par les entrepreneurs maliens. Son apport se mesurera cependant dans les guichets ouverts, les crédits accordés, les contrats obtenus et les entreprises capables de transformer ces appuis en emplois et en production locale.