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Tiètiguila : le solaire face aux délestages

Tiètiguila : le solaire face aux délestages

Le gouvernement a engagé la ratification d’un prêt de 44,368 milliards de FCFA pour construire une centrale solaire à Tiètiguila, dans la région de Koulikoro. Très attendu dans un pays confronté aux coupures, le projet soulève aussi des questions sur son calendrier, son coût et ses retombées locales.

Le Conseil des ministres du 17 juillet 2026 a adopté les textes relatifs à la ratification de l’accord signé deux semaines plus tôt avec la Banque ouest-africaine de développement. La future centrale disposera d’une puissance de 50 mégawatts-crêtes et d’un système de stockage par batteries de 25 MW pour 50 MWh. 

Le coût global est estimé à 45,027 milliards de FCFA hors taxes, dont 44,368 milliards apportés par la BOAD. Le projet comprend aussi les ouvrages nécessaires pour acheminer l’électricité vers les postes de Koulikoro et de Balingué. 

Cette étape intervient alors que le secteur électrique traverse une crise aiguë. La Banque mondiale relevait encore en mai 2026 d’importants déficits de production, à l’origine de coupures fréquentes et prolongées, qui pèsent sur les ménages, les entreprises et les services publics. Le taux national d’accès à l’électricité est estimé à 56 %, avec de fortes disparités entre les villes et les campagnes. 

Une réponse partielle aux délestages

La centrale sera raccordée au réseau national et l’énergie produite vendue à Énergie du Mali dans le cadre d’un contrat d’achat d’électricité. Le stockage doit permettre de conserver une partie de la production solaire pour la restituer lorsque l’ensoleillement baisse et contribuer ainsi à stabiliser le réseau. 

L’installation ne suffira cependant pas, à elle seule, à mettre fin aux délestages. Son apport dépendra aussi de l’état des lignes de transport, des postes électriques et du réseau de distribution, dont plusieurs équipements sont vieillissants ou saturés. La Banque mondiale souligne depuis plusieurs années que l’ajout de nouvelles capacités de production doit être accompagné d’investissements dans le transport et la distribution. 

L’étude environnementale estime la durée du chantier à vingt mois et prévoit entre 150 et 200 emplois pendant les travaux. Elle recommande que les jeunes de Méguétan et de Koulikoro soient privilégiés pour les postes accessibles à la main-d’œuvre locale. 

Le démarrage effectif dépendra désormais de l’achèvement des procédures de ratification, de la passation des marchés et de la mobilisation des entreprises. La publication d’un calendrier détaillé permettra aux habitants de suivre plus précisément les différentes étapes du projet.

Des retombées locales à garantir

La centrale doit occuper une parcelle de 99,7 hectares, constituée en grande partie de terres utilisées pour des activités agricoles. L’étude environnementale y a recensé 1 761 arbres, dont plusieurs centaines appartenant à des espèces intégralement ou partiellement protégées.

Lors des consultations organisées en mars, les services techniques et les autorités locales ont demandé une enquête foncière, l’identification des occupants, leur indemnisation et l’élaboration d’un plan de réinstallation. Les représentants des éleveurs ont également proposé l’aménagement d’une aire pastorale et des activités génératrices de revenus pour les personnes touchées. 

La mairie de Méguétan a souhaité que le projet profite directement aux villages environnants, notamment à travers l’embauche locale et leur électrification. Cette demande est importante puisque l’électricité de la centrale sera injectée dans le réseau national et ne garantit pas automatiquement une desserte prioritaire des localités proches du site. 

Un autre point devra être clarifié. L’étude environnementale publiée en avril évalue le coût de la centrale à 13 milliards de FCFA, tandis que le financement désormais annoncé porte sur un projet de 45,027 milliards. Cette différence peut correspondre à l’intégration du stockage, des ouvrages d’évacuation et d’autres dépenses absentes de l’estimation initiale, mais un détail actualisé des coûts permettrait de mieux comprendre le montage financier. 

À Tiètiguila, les habitants jugeront surtout le projet à ses effets concrets. Ils attendent de savoir quand la centrale entrera en service, si elle contribuera réellement à réduire les coupures, comment seront indemnisés les exploitants touchés et quelle place sera accordée aux emplois locaux ainsi qu’aux investissements utiles aux villages environnants.