Depuis Bamako, São Tomé-et-Príncipe peut sembler lointain. Pourtant, à l’heure où les échanges africains se renforcent et où les entreprises du continent regardent au-delà de leurs marchés traditionnels, cet archipel du golfe de Guinée mérite une attention renouvelée.
Ce pays de quelque 240 000 habitants, dont la monnaie est arrimée à l’euro, est devenu en septembre 2025 le premier État au monde entièrement couvert par des réserves de biosphère de l’UNESCO — un label décerné aux territoires conciliant préservation de la biodiversité et développement économique et humain. Príncipe avait obtenu ce statut dès 2012, avant que São Tomé ne soit reconnue à son tour.
Sa transition économique s’accélère. Le 13 décembre 2024, le pays est officiellement sorti de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) des Nations Unies, signe de ses progrès en matière de revenus et de développement humain.
Cette évolution ne signifie pas la fin immédiate des financements concessionnels, mais annonce un changement de modèle : alors que l’aide publique au développement diminue, le pays cherche à attirer des investissements privés responsables, porteurs de croissance durable et de valeur locale.
Luc Gnonlonfoun, Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe, estime que l’archipel offre aux investisseurs patients une opportunité largement sous-estimée. Il connaît bien le Mali, où il a servi comme Représentant résident adjoint du PNUD, avant le Gabon puis São Tomé-et-Príncipe.
Selon lui, la reconnaissance de l’UNESCO est bien plus qu’un symbole : elle traduit un engagement durable pour la protection du patrimoine naturel. Les îles abritent des écosystèmes uniques, et leur zone économique exclusive représente près de 160 fois leur superficie terrestre, ouvrant des perspectives dans la pêche durable, les services maritimes, la recherche océanique, l’économie bleue et le tourisme côtier.
Le cacao constitue une deuxième opportunité majeure. Les premières plantations d’Afrique y furent établies et, au début du XXe siècle, l’archipel fut pendant plusieurs années le premier producteur mondial.
L’ambition est désormais de transformer localement pour produire un chocolat haut de gamme sous marque d’origine, plutôt que d’exporter essentiellement des matières premières — une vision mise en avant à l’Exposition universelle d’Osaka en 2025, où le pavillon national associait cacao, culture et environnement.
Un chantier moins visible, mais tout aussi déterminant, accompagne cette transformation. Avec l’appui du PNUD et d’autres partenaires, les autorités renforcent l’environnement des affaires, notamment par la création du premier centre d’arbitrage du pays, gage d’un règlement plus rapide, plus transparent et plus prévisible des différends commerciaux. Pour les investisseurs, la qualité des institutions compte souvent autant que les ressources naturelles.
Le Mali, attaché à la coopération économique régionale et aux échanges Sud-Sud, peut trouver en São Tomé-et-Príncipe un partenaire complémentaire dans l’agriculture à haute valeur ajoutée, les services, les énergies renouvelables, le tourisme durable et l’économie bleue.
Banques régionales, entreprises de services, investisseurs institutionnels et groupes privés maliens tournés vers le continent pourraient y saisir des opportunités largement inexploitées.
Le contexte politique conforte cette dynamique. L’élection présidentielle du 19 juillet s’est déroulée dans le calme : selon les résultats provisoires de la Commission électorale nationale, le président Carlos Vila Nova a été réélu dès le premier tour avec 55,94% des suffrages, une victoire confirmée par la Cour constitutionnelle. La mission d’observation de l’Union européenne a jugé le scrutin paisible et bien organisé, tout en appelant à renforcer la participation citoyenne. Les élections législatives, régionales et locales suivront le 27 septembre.
Ces avancées n’effacent pas les défis : le marché intérieur reste modeste, la connectivité perfectible et les infrastructures appellent d’importants investissements. Mais, selon M. Gnonlonfoun, l’essentiel réside moins dans la taille du marché que dans sa trajectoire.
« Les investisseurs qui réussiront demain seront ceux qui sauront identifier, dès aujourd’hui, les économies appelées à jouer un rôle dans la transition vers un développement plus durable. São Tomé-et-Príncipe offre cette possibilité grâce à une vision fondée sur les énergies renouvelables, le tourisme durable, l’économie bleue, l’agriculture à haute valeur ajoutée et des institutions qui poursuivent leur modernisation. »
Pour lui, investir à São Tomé-et-Príncipe ne consiste pas simplement à rechercher un nouveau marché : c’est accompagner un pays qui construit un modèle de développement fondé sur la durabilité, la résilience et la création de valeur locale. À l’heure où les entreprises africaines se tournent vers le continent pour soutenir leur croissance, l’archipel mérite toute leur attention.
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Luc G. Gnonlonfoun est Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe. Auparavant, il a servi au Mali et en Côte d’Ivoire comme Représentant résident adjoint, au Gabon comme Représentant résident a.i., ainsi qu’au Hub régional du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre basé à Dakar. Les opinions exprimées dans cette tribune sont celles de l’auteur.



