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Migrants au Niger : de nouveaux itinéraires, plus courts, plus dangereux

Par kibaru

Depuis 2016 les autorités nigériennes ont adopté une loi pour lutter contre la migration irrégulière en pénalisant fortement les passeurs et tous ceux impliqués dans le transport des migrants illégaux. Les contrôles sont particulièrement accrus dans la ville d’Agadez au nord du pays, axe stratégique pour ceux qui veulent émigrer notamment via la Libye.

Un reportage récent du Corriere Della Sera affirme que la loi “adoptée sous la pression de l’Union Européenne”, fait partie des efforts accrus du Niger pour faire face au trafic illicite de migrants. “Efforts récompensés par plus d’un milliard de fonds européens (1021 millions d’euros) alloués au Niger jusqu’en 2020”, selon le quotidien italien.

Sur le terrain, des patrouilles sillonnent le désert du nord d’Agadez, en suivant les routes les plus fréquentées par les migrants se rendant en Libye, pour la plupart. “Les patrouilles policières n’ont pas véritablement réussi à dissuader les passeurs ni les migrants. Ils attendent de partir tard le soir, souvent à des heures impossibles, pour échapper à la vigilance des patrouilles”, affirme un habitant d’Agadez qui a préféré garder l’anonymat.

Les chiffres montrent une diminution considérable du nombre des candidats à l’exile par la Libye. Ils sont passé de 290 000 en 2016 à 33 000 en 2017, puis à moins de 24 000 pour les six premiers mois de 2018, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Toutefois, le manque d’opportunités et d’alternatives pour ceux dont le trafic illicite de migrants était la principale source de revenus, pose un véritable problème.

“Le retard dans la reconversion effective de tous les anciens acteurs de la migration menace le retour de cette activité qui constitue la principale activité des milliers des jeunes dans la région d’Agadez”, affirme Bachir Amma, le président du comité des ex-passeurs, cité par le Corriere Della Sera. “Ils nous ont promis de nous aider à démarrer d’autres activités, mais sur 6 565 personnes recensées comme bénéficiaires potentiels, seules 371 ont reçu une aide” dit Bachar Amma.

Le Projet Migrant a rencontré un groupe de migrants en transit à Agadez. D’après leurs témoignages, passeurs et migrants changent de plus en plus d’itinéraire pour échapper aux contrôles des autorités. “Au lieu de suivre leur itinéraire traditionnel Niamey – Agadez – Arlit – Assamaka, les migrants prennent l’axe Tahoua – Tilia – Mali ou partent via Zinder – Tanout, avant de regagner l’Algérie ou la Libye respectivement”, précise un responsable local.  

Des migrants rencontrés par Le Projet Migrant à Niamey expliquent que ces nouvelles routes sont pour certaines “plus courtes mais aussi plus risquées”. Les candidats au départ doivent faire face à d’autres dangers, y compris la méconnaissance de la zone par certains passeurs, des patrouilles militaires et la présence de bandes armées et de trafiquants de drogues.

“ De plus en plus de femmes”

Le Niger est traversé par d’importants flux migratoires subsahariens en direction du Maghreb et de l’Europe. Il est aussi un pays d’accueil et de destination pour les ressortissants des pays de l’Afrique subsaharienne.

Selon Manou Nabara Hamidou, président de l’ONG JMED-Niger, “le profil des migrants nigériens, ou de ceux en transit, évolue mais reste dominé par de jeunes hommes âgés de 20 à 37 ans”. Il note, toutefois que “de plus en plus des femmes nigériennes comme celles de la localité de Kantché, dans la région de Zinder, migrent en quête d’une vie meilleure, à la recherche de travail et fuyant la pauvreté ou les conflits”.

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