Cherif Ousmane Madani Haïdara : Le gouvernement malien n’accorde pas assez d’importance aux religieux dans la résolution de la crise

Par kibaru

Le guide spirituel de l’Association Ançar Dine international, Cherif Ousmane Madani Haïdara est un grand leader d’opinion au Mali. Il œuvre inlassablement pour la réalisation d’une paix durable pour son pays à travers diverses activités. Dans cet entretien exclusif accordé à la version arabe du site www.kibaru.ml , il s’exprime sur l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger. Il évoque aussi sa contribution significative dans ce dossier. De même qu’il y clarifie de nombreux et importants points sur le rôle de la religion pour réaliser la paix et la réconciliation. Ci-après l’intégralité de cet entretien

www.kibaru.ml  : A travers votre expérience et votre grande maitrise du dossier, que pensez-vous de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali ?

Cherif Ousmane Madani Haïdara : Pour ce qui est de la paix et de la réconciliation au Mali, nous nous sommes exprimés à plusieurs reprises sur ces sujets. Nous avons demandé à la communauté internationale et à tous les partenaires du Mali de respecter leurs engagements. Nous les avons également appelé à travailler sérieusement pour l’application de cet accord. Ajouter à cela, nous avons initié des visites en France et ailleurs pour demander aux partenaires du Mali de nous aider à nous réconcilier. Grâce à la volonté du Tout-Puissant, un accord a été signé et nous l’avons très bien accueilli. Des politiciens sont venus nous voir pour nous demander le rejet de cet accord issu du processus d’Alger et nous leur avons expliqué son importance pour la réconciliation nationale. Nous leur avons aussi demandé de faire preuve de patience. Ainsi, lorsque quelqu’un vient vous voir avec une mauvaise chose et une bonne, il vaut mieux prendre cette dernière. Et s’il vient avec deux bonnes choses, il vaut mieux choisir la meilleure. Et s’il vient avec deux mauvaises choses, il vaut mieux prendre celles aux conséquences les moins désastreuses. Il faut que nous soutenons cet accord et éviter des problèmes. Nous devons également travailler ensemble pour la réalisation de la réconciliation nationale et privilégier le dialogue entre nous puisque nous sommes tous Maliens. Il n’y a pas de différence entre blanc et noir et nous vivons dans le même pays. Nous demandons au Tout-Puissant de nous aider à nous réconcilier. Nous avons consenti d’énormes efforts pour la paix et la réconciliation dans notre pays. Même lors de la dernière visite du président français au Mali, nous avons demandé au chef de l’Etat Malien, Ibrahim Boubacar Kéïta de nous aider à avoir une audience avec lui. Ne serait-ce que pour une dizaine de minutes. Nous voulions échanger avec lui et trouver une solution au problème du Mali. Il faut qu’on sache les intentions des uns et des autres pour une mise en œuvre correcte de l’accord. Toutefois, on nous a fait savoir que le temps ne lui permettait pas de nous rencontrer. Pourtant, il nous avait promis de régler tous les problèmes au Mali le plus vite possible.

C’est ce que nous avons toujours demandé, bien que n’étant pas membres du gouvernement. Cependant, ce pays nous appartient et il nous faut tout mettre en œuvre pour le sortir de l’ornière. Et nous continuons à fournir des efforts supplémentaires pour améliorer la situation.

www.kibaru.ml: Avez-vous des propositions concrètes pour améliorer le contenu de cet accord et comment faire pour aller de l’avant dans ce dossier ?

Cherif Ousmane Madani Haïdara : Nous avons demandé personnellement au Président de convoquer tous les mouvements afin que tout le monde s’asseye sur la table du dialogue pour clarifier les positions de chacun. C’est seulement à travers ce dialogue ouvert que le gouvernement malien parviendra à réaliser la réconciliation nationale et la cohésion sociale. C’est ce qui nous aidera également à réaliser la paix et la quiétude.

www.kibaru.ml: Quelle est la place de la religion dans l’accord pour la paix ?

Cherif Ousmane Madani Haïdara : Pour ce qui est de l’aspect religieux au Mali en général, les autorités ne se préoccupe pas de notre présence et de l’apport des religieux pour faire avancer le dossier. On n’accorde pas à cette composante non négligeable de la société assez d’importance pour qu’elle joue pleinement son rôle. Nous pensons que c’est cela le vrai problème parce que les religieux peuvent sensibiliser sur cette paix et prôner la solidarité et l’entraide entre les parties pour mettre fin aux conflits opposant des frères. Malgré cet état de fait, nous, les religieux, continuerons à prôner la paix de jour comme de nuit.

www.kibaru.ml : Que pensez-vous de ce qui se dit actuellement sur le terrorisme et la mauvaise image véhiculée sur l’Islam et les musulmans par certains qui commettent des exactions sous la bannière de la religion ?

Pour lutter contre le terrorisme, il faut qu’on se donne la main et nous unir. Parce que ce fléau est étranger à notre pays et il nous faut le combattre énergiquement. Ceci dit au Mali, il n’y a pas de problème de religion. Il y a des Sunnites et des Soufis et tous prient le Bon Dieu à sa façon. Quant aux terroristes, ils ne sont que des arrivants et nous ne les considérons pas comme des Maliens d’origine. Ils sont venus de leurs pays et sont rentrés parmi nous. Si nous voulons les combattre, il faut qu’on s’unisse. C’est ainsi qu’ils seront en marge et la menace va disparaitre. Le vrai problème à mon avis c’est que les Maliens ne se comprennent pas et tant que nous n’arriverons pas à nous comprendre un plus grand danger va arriver. C’est à ce moment que nous regretterons vraiment tout ce que nous venons de perdre. Ce que nous devons faire c’est nous réconcilier pour affronter ce mal quelles que soit sa grandeur et ses puissances.

www.kibaru.ml: Quel est votre message à l’endroit du peuple malien en général ?

J’appelle le peuple malien d’œuvrer ensemble pour réaliser la paix qui est un impératif pour nous tous. Nous devons nous unir et nous donner la main afin de tourner la page sombre des conflits pour réaliser la paix et la cohabitation parfaite entre les différentes composantes de notre pays.