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Entretien avec Mohamed Ousmane Ag Mohamed, leader de la CPA et porte-parole de la CME : « Une crise plus que celle que nous vivons en ce moment serait fatale à notre pays »

Par kibaru

Le secrétaire général de la Coalition pour le Peuple de l’Azawad (CPA) et non moins porte-parole de la Coordination des Mouvement de l’Entente (CME) Mohamed Ousmane Ag Mohamedoune nous a accordé un entretien dans lequel il évoque les sujets brulants de l’actualité. Parmi ces sujets figurent entre autres, le revirement opéré par la CME qui a décidé de renouveler son soutien au président IBK. La situation politique du pays a également été évoquée avec le soutien que la CODEM a décidé d’accorder au président IBK. Pour lui,  il faut tout faire pour éviter une crise postélectorale.

Au sein de la CME, vous étiez frustrés par rapport à la gestion du processus de paix dans lequel vous vous sentiez exclus. Est-ce qu’aujourd’hui, cette donne a changé puisque vous avez renouvelé votre soutien au président de la République ?

Effectivement, le devoir nous a appelés à tirer un bilan des cinq ans passés de gouvernance du président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta. Ainsi, à l’issue de notre conférence de presse organisée, le 13 avril dernier, nous avions exprimé notre sentiment qui n’était pas du tout rassurant par rapport à notre collaboration dans les organes de mise en œuvre de l’accord. Nous avions de façon sincère voulu attirer l’attention de ceux qui nous ont gouvernés durant ces cinq dernières années. Même si sur beaucoup d’aspects, il y avait des avancées, nous pensons que c’était insuffisant par rapport à notre participation dans la gestion de ce processus de paix. Qu’en bien même cela est notre mission en tant que signataires de l’accord nous avons le devoir d’appuyer sa mise en œuvre, mais aussi de faciliter à l’ensemble des acteurs son application, y compris le gouvernement. Nous nous sommes estimés très lésés par rapport à la dynamique de collaboration et du respect du principe de l’inclusivité. Nous étions dans le devoir de le dire à l’époque pour que cela soit pris en considération. Cette position a été réaffirmée lors du premier congrès de la Coordination des Mouvements de l’Entente tenu, du 28 au 30 avril dernier, à Tin-Aouker, dans la région de Gao, pour amener nos gouvernants, au premier rang desquels se trouve le président de la République à avoir un regard différent de l’inclusivité et des signataires de l’accord.

Qu’est-ce qui justifie le renouvellement de votre soutien au Président de la République?

Des hommes se sont parlés, il y a également eu des contacts directs avec les principaux concernés dans ce dossier, des engagements ont été pris de part et d’autre que les choses vont changer. En tout cas, nous espérons que rien ne sera plus comme avant. Nous avons aussi compris que nul n’est parfait et que les débats qui ont eu lieu lors de la conférence de presse, pendant le congrès et même après, au sein de la communauté internationale, auprès du haut représentant du chef de l’Etat pour l’accord, ont permis de tirer les leçons du passé.

Ce que je puis vous dire c’est que des engagements fermes ont été pris qu’un changement va s’opérer dans la façon de gérer la mise en œuvre de l’accord afin qu’elle soit plus inclusive. Pour nous, il faut que les choses changent à plusieurs niveaux. Nous avons notre conception du changement. Pour nous, si le changement s’opère à partir d’un homme en considérant que certaines choses étaient défaillantes et il faut les changer avec conviction, détermination et sérénité et humilité, c’est aussi un changement. Ce qui détermine aujourd’hui notre position c’est un renouvellement de confiance par rapport au fait qu’il est plus facile de consolider des acquis, de parfaire des choses que de tout recommencer à zéro. Les discussions que nous avons eues avec le gouvernement et les différents partenaires vont dans ce sens. Je puis vous affirmer que nous avons eu des assurances de part et d’autre que les choses vont changer surtout sur la question de l’inclusivité et le statut des signataires de l’accord. Beaucoup de choses vont changer et les frustrations seront gérées. Nous avons donc bon espoir. Nous sommes des hommes de parole, nous avons renouvelé notre confiance en redonnant notre parole. Nos bases sont au courant de cela. Elles sont régulièrement informées de notre position et elles nous suivent à distance. Nous avons un devoir de redevabilité, ce qui nous amène à leur communiquer sur ce que nous faisons. Elles nous font confiance et nous allons suivre. C’est donc un nouveau départ, avec des nouvelles promesses. Ce qui est important pour nous c’est que ce pays soit maintenu dans son unité, dans sa dynamique de prospérité, dans la consolidation des acquis de la paix. Depuis la nomination de l’actuel Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, nous sommes dans une dynamique qui rassure sur le fait que la rigueur va s’imposer et que beaucoup de choses vont changer. Il y a donc de l’espoir et c’est çà qui nous permet de nous de nous situer dans notre position actuelle pour donner un nouveau quitus, un nouvel engagement à soutenir le président IBK dans le cadre de la Coordination des Mouvements de l’Entente pour ce nouveau quinquennat, dont les résultats définitifs viennent d’être proclamés.

Avez-vous fixé un délai pour le règlement progressif de vos préoccupations ?

Pour l’instant, nous ne nous sommes pas mis dans un carcan de délai en ce sens que, nous nous sommes donnés un temps large. Nous allons apprécier tout cela avec le temps, les actions et les activités. Parce qu’à chaque activité dans ce processus correspond un temps qu’on ne peut pas déterminer. En tout cas, les actions qui doivent être mises en œuvre doivent faire l’objet de consultation de l’ensemble des acteurs, y compris à la CME.

Est-ce qu’au sein de la CME, vous êtes désormais rassurés ?

Dans ce processus, la CME est l’une des coordinations la plus cohérente. Nous avons une structure très dynamique où la cohésion règne, avec une armée cohérente, une présidence tournante qui fonctionne à merveille avec un délai de 3 mois même si certains trouvent ce délai insuffisant pour mettre en place un programme. En tout cas ce cycle est respecté et ne pose aucun problème. Jusqu’à jour d’aujourd’hui, nous répondons ensemble et nous parlons d’une seule voix. A chaque fois que certains tentent de nous envoyer des invitations en solo, cela se passe toujours dans le cadre de la CME  et jamais dans le cadre d’un mouvement de façon solitaire. La CME se maintient très bien et nous avons intérêt que cela se maintienne de cette façon si nous voulons affronter les vrais défis à savoir la sécurité, le développement, la mise en œuvre de l’accord et la disponibilité des dividendes dont les populations attendent beaucoup.

Après les résultats définitifs de la présidentielle passée proclamés par la Cour Constitutionnelle, quels seront les principaux défis auxquels les autorités devraient s’atteler?

Le premier défi auquel les autorités devraient s’atteler c’est de réconcilier les couches qui s’opposent. Ce qu’il faut surtout préciser c’est que la réconciliation ne se fait pas avec de simples paroles il faut aussi avoir une approche d’investissement pour soutenir la réconciliation. Vous ne pouvez pas réconcilier des gens qui ont soif, qui ont de la peine à amener leurs enfants à l’école, aux medersas, à la santé. Je lance un appel aux autorités sur le fait que la réconciliation nationale ne doit pas se limiter qu’à l’organisation de rencontres. La réconciliation nationale doit aussi être un département d’investissement. Parce que l’investissement renforce la réconciliation et la créée même parfois. En plus de créer le contact et de favoriser la cohabitation pacifique. Un accent particulier doit être mis sur cet aspect. Il faut renforcer la réconciliation à travers les investissements. Il faut renforcer le département de la réconciliation nationale à travers des moyens adéquats et ne pas le laisser se limiter qu’à des paroles. Il faut que le dialogue et les discussions soient accompagnés systématiquement par des actions de développement.

La deuxième priorité c’est de réfléchir par rapport à ce conflit qu’on appelle islamisme, radicalisme, extrémisme par des mécanismes qui ne sont pas que militaires. Il faut la mise en place d’instruments pacifiques et politiques locales sur la base de nos valeurs pour nous permettre de jouer un rôle plus important que celui de militaire pour arrêter l’effusion de sang. Il faut qu’on arrête l’effusion de sang, il ne faut plus que des Maliens s’entretuent. La meilleure façon pour que cela s’arrête c’est de privilégier la voie du dialogue. Il faut que les religieux, les conservateurs, les libéraux, les laïcs se parlent. Cela est extrêmement important pour la réconciliation car la violence n’apporte que la violence et il en est de même pour la haine. Il faut qu’on corrige nos approches pour créer la confiance auprès des populations.   

Vous porter aussi une casquette politique en ce sens que vous êtes l’un des vice-présidents de la CODEM et secrétaire général de la section de Goundam ? Comment s’est passée la campagne présidentielle passée au niveau de votre parti ?

En ma qualité de vice-président de la CODEM et secrétaire général de la section de Goundam, les choses se convergent en moi. Je ne suis qu’une personne. Mes opinions se mélangent et s’unifient aussi bien dans l’un que dans l’autre camp. Ma position est la même. Je me réjouis du fait que le président du parti Housseyni Amion Guindo est un homme de paix et de grande culture qui a toujours su mettre le Mali et le peuple malien au dessus de sa personne. Je l’ai retrouvé en lui. Ma position à la CODEM m’a facilité ma conviction avant d’adhérer à un parti. C’est un parti qui œuvre pour une meilleure gestion de notre pays, une gouvernance rapprochée des populations. Un parti qui n’a d’autres préoccupations que de faire en sorte que le panier de la ménagère soit plus lourd pour faire face aux difficultés liées à la cherté de la vie. C’est donc sur cette base que nous avons mené notre campagne malgré l’insuffisance des ressources. Nous avons compris que notre parti, la CODEM, est apprécié pour ses valeurs, ses hommes et particulièrement ces cadres notamment son président. Nous nous sommes maintenus à la cinquième place même si le taux a baissé dans un contexte extrêmement difficile.

Le président du parti n’a pourtant pas quitté le gouvernement en bon terme et il s’est présenté à la présidentielle. Quelles sont les raisons pour lesquelles il a de nouveau soutenu le président IBK au second tour ?

Un parti qui se respecte et respecte ses militants, en principe, n’a aucune raison de ne pas aller au premier tour. Participer à ce scrutin ne fait pas de la CODEM un allié de X ou un adversaire de Y. il faut que les gens comprennent qu’un parti qui a de l’ambition, de l’avenir, sincère dans sa quête du pouvoir n’a aucune raison de ne pas se présenter ne serait-ce que par respect à ses militants. Toutes les sections de la CODEM, aussi bien à l’intérieur qu’en dehors du Mali, souhaitaient une candidature interne. Maintenant s’il y a des alliances cela ne pourra se faire qu’au deuxième tour. C’est légitime et je ne pense pas que cela soit la raison pour classer quelqu’un dans le côté des alliés ou des adversaires. Il est très tôt pour classer des gens.

Ce que je puis vous dire c’est qu’une fois que les gens sont candidats, il n’y a plus de majorité ni d’opposition. Ce n’est qu’après la proclamation des résultats du premier, que les vraies cartes doivent se jouer. Sinon avant je ne vois pas qui est opposant et qui ne l’est pas. Tout le monde doit s’opposer contre les fraudes. Une fois que la Cour constitutionnel a validé les résultats, c’est une nouvelle phase qui commence. C’est ce qui a déterminé la position de la CODEM au deuxième tour

Que pensez-vous de la crise postélectorale tant redoutée par certains et avez-vous une stratégie au niveau de la CODEM pour apaiser les tensions?

Je pense qu’en faisant ce choix au premier tour c’est pour donner plus de chances à notre pays pour minimiser les risques d’escalade et de dérapage. Nous avons voulu donner plus de chances à la stabilité, la paix et la cohésion. C’est ce qui a guidé notre choix de soutenir IBK au second tour. Je lance un appel puisque tout ce qui doit être fait jusqu’ici a déjà été fait. Il faut garder la sérénité et que l’ensemble des acteurs se donnent la main pour améliorer les conditions de vie de nos populations. Notre pays est menacé et il est en difficulté. Une crise plus que celle que nous vivons en ce moment serait fatale à notre pays et je ne le souhaite pas.  C’est un appel qui s’adresse aussi bien à ceux qui ont gagné qu’aux autres. Il faut se donner la main et travailler tous pour le Mali et pour la paix, la tranquillité. Nous avons besoin de créer les conditions pour la paix. Nous avons besoin de maitriser le centre et le Nord du pays pour organiser les élections législatives dans un contexte de sécurité comme on l’a fait pour la présidentielle. Maintenant, il faut regarder l’avenir et bien préparer les prochaines législatives pour parachever la mise en place de nos institutions. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte où il faut avancer et non s’affronter. Il y a un temps pour tout. Les résultats sont là, il faut les admettre et continuer à avancer. Il faut œuvrer pour la paix pour le bonheur des Maliens.

Enfin, je tiens à féliciter le président de la République pour sa victoire et lui souhaiter beaucoup de succès et du bonheur. Que Dieu lui donne la force et la sagesse de réconcilier les Maliens autour d’un projet qui soit profitable pour tous. C’est aussi le lieu de féliciter le Premier ministre pour avoir réussi le pari d’organiser ce scrutin dans un contexte où régnait le pessimisme. Félicitations et chapeau à lui et nous allons continuer à œuvre ensemble pour que la paix revienne définitivement au Mali et pour qu’on revienne vers nos bons souvenirs d’antan pour le bonheur des Maliens.