Femmes et extrémisme en Afrique de l’Ouest : Les conclusions de la conférence de Jacqueville

Par kibaru

L’Académie Internationale de Lutte contre le Terrorisme à Jacqueville, en Côte d’Ivoire, a accueilli un séminaire du 25 au 27 février 2025 sur l’implication des femmes dans l’extrémisme violent en Afrique de l’Ouest. Cet événement a rassemblé des experts en sécurité, des chercheurs et des représentants d’organisations internationales pour analyser le rôle des femmes au sein des groupes terroristes et identifier des stratégies de prévention et de déradicalisation adaptées à leur réalité.

Les discussions ont mis en évidence une participation féminine plus importante qu’on ne le pense dans les organisations extrémistes. Traditionnellement perçues comme des victimes, les femmes assument pourtant des rôles variés et parfois stratégiques dans la structure de ces groupes. Certaines rejoignent ces organisations sous la contrainte tandis que d’autres y adhèrent pour des raisons idéologiques ou économiques.

Dans le nord du Bénin et du Togo, des chercheuses ont constaté que des femmes s’engagent volontairement dans ces groupes en raison des bénéfices financiers qu’elles en tirent. Elles participent à la vente de carburant de contrebande, au transport de marchandises et de combattants, ou encore à l’approvisionnement en vivres et en armes. Ces activités, bien que moins visibles, contribuent directement au fonctionnement logistique de ces groupes armés.

Dans la région du lac Tchad, des groupes comme l’État islamique en Afrique de l’Ouest utilisent les femmes pour recruter de nouveaux membres. Grâce aux réseaux sociaux et aux relations interpersonnelles, elles parviennent à manipuler et à convaincre des jeunes en quête de repères ou de perspectives économiques. Certaines participent également aux enlèvements, piégeant des cibles sous prétexte d’aide humanitaire ou de commerce.

L’exemple de Boko Haram illustre aussi cette implication féminine dans des actions plus radicales. Depuis plusieurs années, ce groupe a recours aux attentats suicides perpétrés par des femmes et des jeunes filles. L’attaque de Dikwa, au Nigeria, en février 2016, où deux adolescentes kamikazes ont causé la mort de 58 personnes, témoigne de cette évolution des stratégies terroristes. Ces femmes sont perçues comme des éléments de moindre suspicion par les forces de sécurité, ce qui facilite leur infiltration dans les lieux publics.

Les participants au séminaire de Jacqueville ont identifié plusieurs motivations expliquant cet engagement des femmes dans l’extrémisme. Certaines sont enrôlées de force ou subissent des pressions familiales, d’autres y voient une opportunité économique dans des contextes où l’emploi est rare. D’autres encore sont convaincues par l’idéologie du groupe et considèrent leur engagement comme un acte de foi ou un devoir religieux. Dans certaines régions, la recherche de protection pousse aussi des femmes à rejoindre ces groupes, estimant qu’elles y seront plus en sécurité que dans un environnement instable.

Face à ce constat, les experts ont insisté sur l’urgence de développer des stratégies adaptées pour lutter contre la radicalisation des femmes et favoriser leur réinsertion. La prévention passe par un renforcement de l’éducation et des opportunités économiques pour éviter que ces groupes ne soient perçus comme la seule alternative viable. Il est également nécessaire d’adapter les programmes de déradicalisation en prenant en compte les spécificités des femmes engagées dans ces groupes. Le soutien psychosocial et la réintégration communautaire doivent être renforcés pour éviter la stigmatisation des anciennes membres. Enfin, une surveillance accrue des réseaux de recrutement en ligne est essentielle pour limiter l’influence de la propagande extrémiste et sensibiliser les jeunes femmes aux dangers qu’elle représente.

Ce séminaire a permis de déconstruire certains stéréotypes et de mieux comprendre les dynamiques de l’engagement féminin dans l’extrémisme violent. Une approche plus inclusive, qui reconnaît le rôle des femmes à la fois dans la radicalisation et dans la lutte contre le terrorisme, est essentielle pour développer des politiques de prévention plus efficaces. La conférence de Jacqueville marque une avancée dans cette prise de conscience et ouvre la voie à des actions concrètes pour renforcer la stabilité et la sécurité en Afrique de l’Ouest.