Trafic d’ânes dans le Nord du Mali : un business très rentable

Par kibaru

Le trafic d’ânes a, de nos jours, atteint des proportions inquiétantes au Mali où des milliers d’ânes sont vendus annuellement par des commerçants. Leur destination privilégiée est la République Populaire de Chine où la peau est utilisée à des fins de médecine traditionnelle.

Ce trafic rapporte énormément d’argent profitant de l’instabilité qui prévaut dans certaines localités du Nord du Mali, autrefois considérées comme des zones d’élevage par excellence de l’espèce asine.

Malgré la sécheresse qui prévaut dans une grande partie de ce territoire, il n’est pas rare de voir des troupeaux d’ânes errant dans la ville de Tombouctou. Ils se nourrissent grâce aux rares pâturages avec quelques herbes qui leur sont offertes par leurs propriétaires ou quelques restes d’aliments dans les déchets. Ils sont aussi la cible de quelques voleurs qui les enlèvent pour les vendre à l’insu des propriétaires.

Hamada Cissé est ressortissant de Tombouctou. La cinquantaine révolue, il est propriétaire d'un certain nombre d'ânes pour acheminer les charrettes dans lesquelles sont chargés les déchets, le sable, les bidons d’eau ou le bois destinés à être vendus. Se confiant à nos confrères de la rédaction arabe du site www.kibaru.ml, il a déclaré : «J'ai entendu que ces voleurs veulent tout simplement les peaux d'ânes, mais ce ne sont pas eux qui les abattent. Il y a un réseau étranger qui s’occupe de les exporter hors du Mali». Ces réseaux opèrent alors que le Mali a interdit l'exportation ou la commercialisation des ânes ou même de leur viande sur l’ensemble du territoire national.

Cissé d’ajouter: « Nous n'avons jamais été confrontés à ce genre de problème, jusqu'au jour où les forces étrangères sont intervenues au Mali. Les ânes se promenaient librement et personne ne s’intéressait à eux même gratuitement. Subitement, aujourd’hui tout le monde s’intéresse à ce business ».

D’un autre côté, les propriétaires d'ânes estiment que c’est une matière première très prisée au Mali. En raison de l'absence d'un marché régulier pour d’autres animaux, l’âne attire de plus en plus les investisseurs. Les propriétaires d'ânes arrivent à tirer leur épingle du jeu puisqu’ils ont réussi à vendre la quasi-totalité de leurs troupeaux.

Signalons qu’il n’existe aucune statistique fiable sur le profit réalisé par ces vendeurs d’ânes, ni sur son importance auprès des Chinois dont tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont les plus grands consommateurs.

Selon certains observateurs, la peau de l’âne contient de la gélatine très prisée par les médecins traditionnels chinois pour traiter des symptômes tels que l'anémie et la ménopause. Appelée « ejiao », elle est consommée en boisson et sous forme de gélules. Quant à la viande d’âne, elle est acheminée dans les restaurants du nord de la Chine. Selon les experts, ce trafic illégal se chiffre déjà en millions de dollars chaque année.

D’aucuns estiment également que les ânes enlevés dans les régions du Nord sont acheminés vers le Sud pour prendre la destination de la Chine. D’ailleurs, à plusieurs reprises, l’année dernière, des abattoirs clandestins d’ânes ont été découverts. Le fait le plus marquant dans ce domaine, c’est la découverte d’une unité appartenant à des Chinois dans la région de Ségou avec une capacité de près de 300 ânes abattus chaque jour.  C’est dire que le trafic demeure très important et se nourrit de l’instabilité. D’où la nécessité d’une plus grande implication pour freiner ce trafic qui pourrait également s’étendre à d’autres animaux.

Housseyne Ag Issa et Massiré Diop