Transhumance au Mali : flux observés, incidents signalés et adaptations pastorales entre 2023 et 2025

Par kibaru

Le Mali figure parmi les pays couverts par le rapport régional publié en janvier 2026 par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) sur le suivi de la transhumance en Afrique de l’Ouest et du Centre. Le document, qui couvre la période de juillet 2023 à juin 2025, s’appuie sur les données collectées à travers le dispositif de suivi de la transhumance (Transhumance Tracking Tool – TTT), mis en œuvre dans plusieurs régions maliennes.

Selon le rapport, les opérations de suivi ont concerné des zones clés du territoire. Entre juillet et octobre 2024, des points de suivi des flux ont été activés dans les cercles de Douentza et de Koro, à la frontière avec le Burkina Faso. De novembre 2024 à avril 2025, le dispositif a été étendu aux régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso, aux frontières avec la Mauritanie, la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Ces données confirment le rôle du Mali comme espace de départ, de transit et d’accueil des troupeaux transhumants au sein de la sous-région.

Les enquêtes individuelles menées auprès de 7 856 éleveurs indiquent que la grande majorité d’entre eux, soit 93 %, ont maintenu leurs itinéraires traditionnels de transhumance. Les modifications de parcours observées concernent une minorité et sont principalement liées aux conditions climatiques et à la disponibilité des pâturages, mais aussi aux risques sécuritaires, aux inondations et aux conflits entre agriculteurs et éleveurs. Face à ces contraintes, de nombreux éleveurs ont prolongé leurs trajets ou emprunté des itinéraires alternatifs, traduisant une adaptation progressive des pratiques pastorales.

Sur la période considérée, le mécanisme d’alertes du TTT a permis d’enregistrer 276 événements liés à la transhumance au Mali. Ces incidents concernent majoritairement des conflits entre éleveurs transhumants, agriculteurs et éleveurs locaux, souvent en lien avec l’accès aux terres agricoles, aux pâturages et aux points d’eau. Près de la moitié de ces événements, soit 48 %, ont été signalés comme résolus. Les données montrent que les chefs communautaires, les organisations pastorales ainsi que les autorités locales et nationales jouent un rôle central dans les processus de médiation et de résolution des conflits.

Le rapport met également en avant le fonctionnement du mécanisme d’alertes précoces, qui distingue les alertes liées aux mouvements inhabituels de troupeaux et celles relatives à des événements conflictuels. Ces alertes, collectées par des relais communautaires, sont partagées avec des comités locaux afin de permettre des réponses rapides, allant de la réorientation des troupeaux à la mise en place de cadres de dialogue entre les parties concernées.

Les données recueillies soulignent par ailleurs certaines caractéristiques sociales des éleveurs transhumants au Mali. La population enquêtée est majoritairement composée d’adultes en âge de travailler, avec une diversité de profils éducatifs plus marquée que dans certains pays voisins. Le Mali se distingue également par une proportion significative de travailleurs saisonniers parmi les transhumants interrogés.

Le document souligne aussi l’impact des décisions prises dans les pays frontaliers sur les dynamiques de transhumance impliquant le Mali, notamment les restrictions temporaires de circulation du bétail et les mesures de rapatriement d’éleveurs, qui influencent les itinéraires et les calendriers de mobilité pastorale.

Dans son ensemble, le rapport dresse un état des lieux documenté de la transhumance au Mali sur la période 2023–2025, marqué par la persistance des flux, l’existence de tensions localisées et des ajustements progressifs des pratiques pastorales dans un contexte climatique, sécuritaire et régional en évolution.